École à la maison

Une journée difficile

Hier a été une journée pas mal difficile.

Je ne le dirai jamais assez : les réseaux sociaux oui c’est inspirant (et c’est vraiment ce que je veux projeter : de l’inspiration, un peu de doux et des choses toutes simples…du moins beau et du plate, on en a assez dans nos vies parfois, j’ai jamais vraiment le goût de partager ça!).  J’aime cette idée de SouleMama que de laisser comme souvenir numérique plein de belles choses, de beaux souvenirs, de l’inspiration à un monde meilleur. (On en a aussi parlé dans mon podcast tout récemment.)

Par contre, je tiens vraiment à mentionner que des mauvais jours…IL Y EN A! Tout plein! Des moments où je sens que tout perd tout son sens. Des jours où je me demande vraiment à quoi ça rime tout ça! Des jours où je ne me retrouve juste plus, où même que je m’imagine carrément seule, perdue dans un Saint-Profond du Nowhere (merci aux CowBoys Fringants pour cette délicieuse chanson!).

Des moments où j’ai bien beau prendre tous mes suppléments, où je décide de boire un peu moins de café, me coucher un peu plus tôt et boires tous les verres d’eau fortement recommandés, aller prendre une marche, allumer une chandelle et mettre un fond de musique douce….et que RIEN de tout cela ne me procure pas une seconde de l’effet supposé.

Hier c’en était une pas mal difficile. Une sorte de journée où de fil en aiguille, je sentais que je perdais le ‘’contrôle’’ de ma journée à petit feu. Je quittais mon centre et m’en éloignait plus les heures passaient.  Et je trouve que dans les dernières années, ce type de journée revient malheureusement souvent. Malgré tous mes efforts du monde pour éviter tout ça…à mon plus grand désespoir.

Quand les peurs et les craintes prennent le dessus. C’est ça le plus souvent MON gros problème. Comme si ma raison m’abandonnait. Comme si tout le positif qu’il pourrait y avoir m’est carrément invisible. Comme si la peur régnait de façon omniprésente et que je devienne subitement condamnée à ce qu’elle envahisse chaque des minuscules minutes de ma journée toute entière. Ce type de journée est plus qu’épuisant, je ne pourrais vous le cacher.

Je fais l’école à la maison à mes enfants depuis longtemps. Don dirait que ça fait une éternité. Du plus loin que je me souvienne, cela fait partie de notre vie de famille depuis la naissance de mon aînée. Pas de garderie, pas de maternelle, un bref épisode à un atelier préscolaire pour le plaisir, pas de rentrée en première année. Cette envie et ce désir de partager notre vie, ensemble. Ce désir de montrer comment faire tout et rien à la fois. Apprendre à gestionner l’ennui, à créer et à inventer. Vivre aussi, tout simplement. Être le plus possible à la maison, se permettre tous les beaux avantages que ce mode de vie avait à nous offrir si généreusement.

Venant avec ce choix, une panoplie d’incertitudes, d’inquiétudes (on ne se cachera pas que de bifurquer un tantinet de ce monde dit moderne, avec des idées disons-le marginales et carrément à contre-courant, ça peut en avoir secoué plusieurs par moment!). Mais c’était et c’est encore aujourd’hui un choix 100% assumé, avec des raisons qui nous sont bien personnelles.

Les années passent, les choses changent sans cesse et évoluent. J’ai même l’impression que ça change à vitesse grand V depuis 2-3 ans. Une vitesse que j’ai vraiment du mal à suivre. Le monde de l’école à la maison n’est carrément plus ce qu’il était à notre début dans cette aventure. Il y a eu une nouvelle loi, puis ses règlements qui sont venus un peu chambarder le mode de vie de plusieurs…vraiment plusieurs familles. Ça a chamboulé vraiment ma vie, celle de ma famille.

Parfois je me demande pourquoi je m’en fais autant. Ce n’est pourtant pas si compliqué et ardu : de la paperasse à remplir trois fois pendant l’année, une rencontre en personne avec une responsable du ministère, une évaluation de fin d’année et très prochainement des examens ministériels pour les filles, dans l’optique de satisfaire le ministère. L’enseignement des matières plus formelles qui ne prend que de plus en plus de place dans nos journées, de l’automne à la fin du printemps.

Mais il y a de ces journées où rien de tout cela ne passe dans ma tête. Comme si mon cerveau se refusait d’accepter ou même de raisonner.

Hier c’en était une comme ça. Une révolte dans ma tête, haut et fort. Un NON avec un grand N. Je me sentais comme un chien en cage, tournant en rond, en attendant que quelqu’un vienne lui ouvrir la porte. Pourquoi on en est venu à toute cette rigidité? Pourquoi dans un mode de vie où tout allait de soi, où tout semblait juste couler et aller pourtant très bien…tout s’est bousculé. Tout a été chambardé. (J’en profite pour partager ici, une douce pensée pour toutes les familles d’IEF en France. Je suis avec vous toutes.)

J’ai tellement si souvent cette envie de fuir. Tout quitter et diriger ma famille dans une province voire même un pays, où nous pourrons continuer de vivre ce mode de vie d’école à la maison de façon plus sereine, sans avoir à trop se soucier d’une bureaucratie écrasante qui teinte ma vie familiale de façon carrément désagréable.

Je ne veux pas noter ce que mes enfants font à la journée longue et devoir prendre un million de photographies pour prouver qu’elles font des projets ou qu’elles réalisent bel et bien telle ou telle activité. Je veux VIVRE, tout simplement, en compagnie de mes enfants. Nous ne sommes pas un projet d’apprentissage, mais bien en plein projet de VIE (et oui un projet de vie qui inclue des apprentissages plus formels, mais non pas de la façon que nous oblige le ministère).

Je ne veux plus faire apprendre mes jeunes par la force et simplement dans l’optique que ‘’ce sera à l’examen’’. Ce n’est pas une façon adéquate d’apprendre. Aucun adulte n’apprend par une telle obligation! L’adulte le fait par choix! En tout cas, pour ma part, personne ne pourrait me forcer d’apprendre quelque chose qui ne me plaît pas. J’apprends de mon plein grés et non pas gavée tel un canard pour son foie gras. Quand je remanie tout ça dans ma tête, j’en viens avec le cœur si peiné. Pas seulement pour mes enfants qui sont à la maison, mais pour tous les enfants qui sont à pieds joints dans ce système rendu complètement inadéquat.

Je ne veux plus faire apprendre mes jeunes par la force et simplement dans l’optique que ‘’ce sera à l’examen’’.

Hier, c’en était une journée comme ça. Où de discussion en discussion, j’ai ressenti que plusieurs mamans partagent ce même sentiment, cette même émotion…d’être serrée à la gorge, d’être au prise entre une loi et nos enfants, notre famille. Un égorgement qui parfois envahi toute la place dans ma tête et mon cœur et qui nuit à ma journée avec ma famille. Un sentiment qui me donne cette immense envie de fuir tout ça. De fuir tout ça par crainte. Par crainte de ne pas en faire assez. Par crainte de ne pas remplir mes obligations. Par crainte de me faire taper sur les doigts si ce que je fais n’est pas adéquat selon les personnes qui me gouvernent. Par crainte d’une sorte d’inconnu…car dans le fond on ne sait trop les conséquences qu’ils pourraient y avoir au bout de tout cela.

Et quand je parle à ces mamans, cette belle communauté de mamans d’école-maison qui me sont toutes si précieuses, je me rends aussi compte que plusieurs pensent comme moi. Plusieurs se rendent compte de l’aberration du système, de ce qui se passe oui en ces temps particuliers, mais c’était là avant aussi non?! Des profs et du personnels d’école complètement à bout de souffle, qui n’en peuvent tout simplement plus car le système est carrément inadapté pour les humains! Des horaires sans aucun sens, un rythme effréné d’apprentissage qui s’éloigne toujours de l’enfant en soi pour se rapprocher d’une note complètement superficielle. Apprendre simplement pour réaliser un examen, souvent en plus sous l’effet du stress. Qui peut vraiment performer efficacement sous l’effet du stress? On perçoit de la détresse profonde chez l’adultes et autant chez l’enfant. Une tonne de personnes s’en rend compte… Une TONNE! Mais qui fera quelque chose? Comment pouvons-nous pour renverser les choses? Je m’arrache tellement les cheveux en me posant sans cesse cette question. Dans un monde où j’ai l’impression que la seule petite personne innocente que je suis n’y peut rien (à part écrire un article de temps à autre pour faire part de ma révolte du jour), comment ferons-nous pour changer les choses? Je vous lance la question.

Hier, j’avais le cœur gros. La révolte au poing, le cœur rempli d’une éternelle tristesse. Ça s’est pointé comme ça, tout bonnement, après avoir écrit un petit mot à une maman pour prendre de ses nouvelles. On a discuté. On a pleuré. Puis ensuite une autre maman et une autre…

Je vais être honnête, hier j’ai eu cette envie poignante de terminer notre aventure d’école à la maison. Pas parce que je n’y crois plus….ohhh loin de là. Mais juste parce que cette pression, je ne suis plus capable de la supporter (et je publie aujourd’hui cet article, en toute humilité, car je sais pertinemment que je ne suis pas la seule dans cette situation). J’ai confiance en mes capacités et surtout en celles de mes enfants, mais j’ai trop de difficulté à me laisser dominer par un système en lequel je n’ai pas confiance. Sentir un étau qui se resserre toujours sur ma famille, alors que tout ce qu’on fait, on le fait bien et pour le mieux. Je ne suis plus capable par moment. Par moment et trop souvent maintenant.Une maman complètement dévastée par la peine et la douleur, ce n’est pas ce que mes enfants méritent. Loin de là. Je ne suis pas une enseignante. Je suis une maman. Une accompagnatrice qui rush souvent sa vie en essayant de faire en sorte que ses enfants ne deviennent simplement que les meilleures versions d’elles-mêmes. Une maman qui n’est pas du tout à l’aise de forcer ses enfants à apprendre des notions dans la simple optique de remplir un examen bidon de fin d’année. Une maman fatiguée et complètement épuisée de nager à contre-courant, sans break et sans bouée, dans une tempête interminable.

Aujourd’hui, avec un peu de repos et de recul face à hier, j’essaie de me rendre à l’évidence que cette pression que je ressens, je dois réussir à la canaliser, une bonne fois pour toute, sinon de grands changements auront peut-être lieu au nom des craintes, de la peur et de la pression. Je vais prendre le temps de réfléchir aux possibilités. Je vais tenter de me convaincre que peut-être c’est simplement moi qui en fait un plat alors qu’il n’y a pas lieu de m’inquiéter autant. Je vais peut-être même réussir à me convaincre que j’ai tord et que le système a raison…

Mais peu importe ce que je vais réussir à mettre en lumière, je le ferai en toute conscience au nom de mes enfants. Car au fond, comme de très chères mamans me l’ont si gentiment rappelé hier pendant la tempête, il faut juste me recentrer sur ma famille, sur mes enfants, et faire ce que je fais de mieux : simplement mon gros possible.

 

Un autre article que j’ai écrit, dans le même ordre d’idée: Mon drapeau est en berne

Une vidéo toute simple qui pourrait vous plaire:

 

4 commentaires

  • Nadia

    Je suis de tout cœur avec toi! J’ai vécuexactement, mot pour mot la même chose avant hier; même si j’avais avalé tous mes supplément (elle m’a bien fait rire celle-là, car je me pose tout à fait les mêmes questions!!). Je t’envoie plein d’amour et je répète encore ma célèbre phrase : Ça nous prends une tribu !! On a besoin de pleins de femmes comme nous pour se brailler ensemble et se supporter pendant que tous nos enfants jouent!! Je veux être ta tribu virtuelle aujourd’hui ❤️🙏

    • admin

      Je te remercie tellement de venir me partager tout cela! Merci d’être là. Merci de me faire sentir moins seule. 🙂

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